Colombie, Affaire Santurbán Páramo : Action populaire devant le Tribunal administratif de Santander (2025)
Réf. # 680012333000-2018-00196-00 et 680012333000-2020-00138.
En juillet 2025, le tribunal administratif de Santander a déclaré le páramo de Santurbán sujet de droits, a désigné le ministère de l'Environnement comme son représentant légal et a ordonné à l'Autorité nationale des permis environnementaux (ANLA) de s'abstenir d'accorder, de prolonger ou de modifier des permis environnementaux pour les activités extractives (exploitation minière, hydrocarbures, grands barrages) dans la zone.
L’arrêt a tranché deux actions jointes, chacune portant sur la protection environnementale des ressources en eau et du système montagneux constituant le páramo de Santurbán. P. 17. Ces deux actions contestaient la validité de toute licence, autorisation ou permis d’exploration ou d’exploitation minière, notamment ceux impliquant la Sociedad Minera de Santander SAS (MINESA SAS), au motif que le páramo constitue une zone d’intérêt environnemental particulier. P. 17.
La Cour a analysé le cadre normatif colombien, ainsi que les principes d’interdépendance, de justice intergénérationnelle et de valeur intrinsèque de la nature, les identifiant comme fondements d’une approche écocentrique (pp. 22-42). Elle a également examiné la jurisprudence relative à la reconnaissance des entités naturelles comme sujets de droits (pp. 42-54), en se référant explicitement à l’avis consultatif OC-32/25 sur les changements climatiques et les droits de l’homme, dans lequel la Cour interaméricaine des droits de l’homme a abordé les obligations des États dans le contexte de la crise climatique et a réaffirmé l’interdépendance structurelle entre les droits de l’homme et la protection de la nature, approfondissant ainsi sa conception de la reconnaissance de la nature comme sujet de droits (pp. 51-53).
La Cour colombienne a examiné plus en détail la faisabilité juridique de la reconnaissance des personnes physiques comme sujets de droits, soulignant que cette reconnaissance est appropriée :
Lorsque l'entité est comprise comme un système vivant dynamique doté de sa propre fonctionnalité écologique, interdépendant d'autres formes de vie et possédant une valeur intrinsèque indépendante de son utilité pour les humains… Cette reconnaissance s'applique particulièrement aux écosystèmes stratégiques dont l'intégrité est indispensable à l'équilibre des écosystèmes, à la régulation de l'eau, à la biodiversité et à l'habitabilité planétaire.
Pages 58–59.
S’appuyant sur le précédent établi par l’arrêt C-035 de 2016, qui a déterminé le “ caractère vital du páramo au regard du principe de conservation des écosystèmes et la nécessité d’assurer son intégrité fonctionnelle afin de garantir les droits collectifs ” (p. 59), la Cour a souligné que :
Les écosystèmes de páramo possèdent un caractère unique, irréductible et irremplaçable. Leur importance dépasse les frontières de la Colombie pour s'étendre à l'échelle mondiale, car ils sont considérés comme des systèmes vivants ayant leur propre fonction dans la régulation de l'eau, la capture du carbone et le maintien de multiples formes de vie, humaines et non humaines.
P. 62.
L’importance mondiale des écosystèmes de páramo a été réaffirmée par la référence à l’avis consultatif OC-32/25, qui a rappelé l’obligation des États d’adopter des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (p. 62). La Cour colombienne a conclu que le páramo de Santurbán dépasse le seuil d’importance écologique stratégique établi par la jurisprudence constitutionnelle pour être reconnu comme sujet de droits et comme entité méritant une protection renforcée (p. 64-65).
Un autre critère examiné par la Cour, conformément à la jurisprudence existante, était la vérification d’une menace structurelle, réelle ou latente, résultant d’activités humaines qui compromettent la capacité de l’écosystème à se régénérer, à assurer sa continuité et à s’autoréguler. Cette menace a été spécifiquement identifiée dans le complexe de páramo de Santurbán en raison de l’expansion agricole et des activités minières, “ qui contribuent à l’aggravation des effets du changement climatique et à l’érosion de la biodiversité ” (p. 68).
La Cour a également confirmé la viabilité d’une représentation juridique autonome pour l’écosystème et la nécessité d’établir un régime de protection constitutionnelle renforcée. Sur la base de cette appréciation, elle a reconnu le Santurbán Páramo comme sujet de droits fondamentaux et a conclu que la protection constitutionnelle de son écosystème exigeait l’inclusion de ses zones tampons (pp. 82, 89). En conséquence, elle a établi les activités qui doivent être interdites ou restreintes au sein du Páramo – telles que l’exploitation minière, l’agriculture extensive, l’élevage intensif et les infrastructures routières ou de grande envergure – et, dans ses zones tampons, des activités telles que l’expansion urbaine non réglementée, le tourisme non réglementé et les pratiques industrielles ou agricoles polluantes (pp. 91-92).
Entre autres mesures, l'arrêt désigne le ministère de l'Environnement et du Développement durable comme gardien et représentant légal des droits du páramo (p. 100). Le ministère doit, en collaboration avec les autres autorités et municipalités, coordonner et adopter un plan de protection renforcée pour l'écosystème du páramo de Santurbán.
*Les citations ont été traduites de l'espagnol de manière non officielle.
