{"id":1802,"date":"2013-05-29T17:57:50","date_gmt":"2013-05-30T01:57:50","guid":{"rendered":"https:\/\/elaw.org\/sri-lanka-sc-special-determination-nos-14-15-162003-trips-and-intellectual-property-rights-c\/"},"modified":"2023-12-11T12:45:56","modified_gmt":"2023-12-11T20:45:56","slug":"sri-lanka-sc-special-determination-nos-14-15-162003-trips-and-intellectual-property-rights-c","status":"publish","type":"resource","link":"https:\/\/elaw.org\/fr\/resource\/sri-lanka-sc-special-determination-nos-14-15-162003-trips-and-intellectual-property-rights-c","title":{"rendered":"D\u00e9cision sp\u00e9ciale SC n\u00b0 14, 15, 16\/2003 (affaire ADPIC et droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle)"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 LA COUR SUPR\u00caME DE LA R\u00c9PUBLIQUE SOCIALISTE D\u00c9MOCRATIQUE<br \/>\nDU SRI LANKA<\/p>\n<p>\nUn projet de loi portant le titre \u00ab Propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle \u00bb<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de p\u00e9titions en vertu de l&#039;article 121, paragraphe 1, de la Constitution.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent : Sarath N. Silva \u2013 Juge en chef<br \/>\nShirani A. Bandaranayake \u2013 Juge de la Cour supr\u00eame<br \/>\nJAN Silva \u2013 Juge \u00e0 la Cour Supr\u00eame<\/p>\n<p>\nD\u00e9termination sp\u00e9ciale SC<br \/>\nN\u00b014\/2003<br \/>\nDr Kamalika Abeyratne,<br \/>\nNo.91A, Cinqui\u00e8me Voie,<br \/>\nColombe 03.<br \/>\nP\u00e9titionnaire<br \/>\nConseiller : Mme IR Rajepakse avec Mme S. Daluwatte<\/p>\n<p>Saleem Marsoof, CP, solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire, avec Shavindra Fernando, avocat d&#039;\u00c9tat principal, et N. Wigneswaran, avocat d&#039;\u00c9tat, procureur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>\nD\u00e9termination sp\u00e9ciale SC<br \/>\nN\u00b015\/2003<br \/>\nCentre de politiques alternatives (Garantie) Ltd.,<br \/>\nN\u00b024\/2, 28e voie,<br \/>\nMonsieur Ernest De Silva Mawatha,<br \/>\nColombe 07.<br \/>\nP\u00e9titionnaire<\/p>\n<p>Conseils\u00a0: MA Sumanthiran avec Buddhika Illangatillake, S. Anthony et S. Kanag-Iswaran.<\/p>\n<p>Saleem Marsoof, CP, solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire, avec Shavindra Fernando, avocat d&#039;\u00c9tat principal, et N. Wigneswaran, avocat d&#039;\u00c9tat, procureur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>\nD\u00e9termination sp\u00e9ciale SC<br \/>\nN\u00b016\/2003<br \/>\nNihal Fernando,<br \/>\nN\u00b018, chemin Skelton,<br \/>\nColombe 05.<\/p>\n<p>P\u00e9titionnaire<br \/>\nConseil : Jagath Gunawardena avec Mme Lilanthi De Silva.<\/p>\n<p>Saleem Marsoof, CP, solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire, avec Shavindra Fernando, avocat d&#039;\u00c9tat principal, et N. Wigneswaran, avocat d&#039;\u00c9tat, procureur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>\nLa Cour s&#039;est r\u00e9unie \u00e0 10 heures le 6 juin 2003 et \u00e0 13 h 30 le 9 juin 2003.<\/p>\n<p>Un projet de loi portant le titre \u00ab\u00a0Propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 inscrit au Feuilleton du Parlement du 21 mai 2003. Trois p\u00e9titions num\u00e9rot\u00e9es comme ci-dessus ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es, invoquant la comp\u00e9tence de cette Cour aux termes de l&#039;article 121(1) de la Constitution pour d\u00e9terminer si le projet de loi ou l&#039;une de ses dispositions est incompatible avec la Constitution. L&#039;hon. Le procureur g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 d\u00fbment inform\u00e9 des requ\u00eates.<\/p>\n<p>Les avocats repr\u00e9sentant les requ\u00e9rants et le solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire ont \u00e9t\u00e9 entendus devant cette Chambre lors des s\u00e9ances tenues les 6 et 9 juin 2003.<\/p>\n<p>Les p\u00e9titionnaires ont soutenu que les articles 84, 90, 91, 92, 93 et 94 du projet de loi sont incompatibles avec les articles 3 et\/ou 4(d), 12(1) et 14(1)(g) de la Constitution et que si ils doivent devenir loi, ils doivent \u00eatre adopt\u00e9s \u00e0 la majorit\u00e9 des deux tiers (2\/3) du Parlement.<\/p>\n<p>Les p\u00e9titionnaires ont \u00e9galement soutenu que, bien qu&#039;ils soient principalement concern\u00e9s par les clauses mentionn\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, qui se trouvent dans les chapitres XIV \u00e0 XVII, il serait n\u00e9cessaire de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d&#039;autres domaines, qui incluraient d&#039;autres clauses. En cons\u00e9quence, les p\u00e9titionnaires soutiennent que les articles 62, 83 et 87 du projet de loi sont \u00e9galement incompatibles avec les articles 3 et\/ou 4(d), 12(1) et 14(1)(g) de la Constitution.<\/p>\n<p>Le projet de loi vise \u00e0 pr\u00e9voir la loi relative \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et \u00e0 mettre en place une proc\u00e9dure efficace d&#039;enregistrement, de contr\u00f4le et d&#039;administration et \u00e0 modifier l&#039;ordonnance des douanes et la loi n\u00b0 10 de 1996 sur la Haute Cour des provinces (dispositions sp\u00e9ciales).<\/p>\n<p>\nArticles 83 et 84<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent projet de loi comprend onze parties et quarante-trois chapitres. L&#039;article 83, qui se trouve au chapitre XIV, traite de la dur\u00e9e du brevet et l&#039;article 84, qui se trouve au chapitre XV, pr\u00e9voit les droits du propri\u00e9taire d&#039;un brevet. L&#039;argument des p\u00e9titionnaires est que ces deux clauses pr\u00e9voiraient la d\u00e9livrance d&#039;un brevet pour une dur\u00e9e de vingt ans pour les produits et les proc\u00e9d\u00e9s. Le titulaire d&#039;un tel brevet, a-t-on soutenu, aurait le droit exclusif, pendant une p\u00e9riode de vingt ans, d&#039;exploiter l&#039;invention brevet\u00e9e, de c\u00e9der ou de transmettre le brevet et de conclure des contrats de licence concernant ces inventions. Les requ\u00e9rants ont en outre soutenu que, conform\u00e9ment aux termes des chapitres sur les brevets lus avec les articles 3 et 4 de l&#039;Accord sur les droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), le gouvernement du Sri Lanka ne sera pas en mesure d&#039;accorder \u00e0 ses propres citoyens ou soci\u00e9t\u00e9s toute protection ou privil\u00e8ges qui ne sont pas accord\u00e9s aux personnes physiques ou morales \u00e9trang\u00e8res. Ces dispositions permettraient en effet aux titulaires de brevets \u00e9trangers de tout produit ou proc\u00e9d\u00e9, y compris les m\u00e9dicaments et les proc\u00e9d\u00e9s de fabrication, de contr\u00f4ler l&#039;offre et le prix de ces m\u00e9dicaments sur le march\u00e9 sri-lankais. Cela entra\u00eenerait une augmentation des prix de ces m\u00e9dicaments sur le march\u00e9, dans la mesure o\u00f9 les dispositions susmentionn\u00e9es auraient pour effet de retirer le pouvoir des autorit\u00e9s sri lankaises ou d&#039;un citoyen sri lankais d&#039;obtenir des m\u00e9dicaments pour le \u00ab peuple du Sri Lanka \u00bb au prix disponible le moins cher et aupr\u00e8s d&#039;une source de leur choix.<\/p>\n<p>L&#039;argument des p\u00e9titionnaires est donc que ces dispositions violent l&#039;article 12(1) de la Constitution. \u00c0 l&#039;appui de cette affirmation, les p\u00e9titionnaires ont attir\u00e9 notre attention sur le rapport sur \u00ab\u00a0La section ADPIC et sant\u00e9 dans la r\u00e9gion de l&#039;Asie du Sud-Est\u00a0\u00bb publi\u00e9 par l&#039;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), qui expose les cons\u00e9quences de l&#039;adh\u00e9sion \u00e0 l&#039;accord ADPIC sur la sant\u00e9. de personnes dans les pays d\u2019Asie du Sud et de l\u2019Est, dont le Sri Lanka.<\/p>\n<p>L&#039;argument des p\u00e9titionnaires repose principalement sur la position selon laquelle les mesures d&#039;att\u00e9nuation, qui ont \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9es dans l&#039;Accord sur les ADPIC, n&#039;ont pas \u00e9t\u00e9 incluses dans le projet de loi actuel. Les trois (3) exemples suivants pourraient \u00eatre cit\u00e9s comme des questions importantes qui auraient d\u00fb \u00eatre prises en consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>(A) Les articles 30 et 31 de l&#039;Accord sur les ADPIC pr\u00e9voient qu&#039;un \u00c9tat peut pr\u00e9voir l&#039;utilisation de l&#039;objet d&#039;un brevet pour le march\u00e9 int\u00e9rieur sans l&#039;autorisation pr\u00e9alable du titulaire du brevet dans certaines situations telles que les urgences nationales.<\/p>\n<p>L&#039;article 30 de l&#039;Accord sur les ADPIC concerne les exceptions aux droits conf\u00e9r\u00e9s et se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>&quot;Les Membres pourront pr\u00e9voir des exceptions limit\u00e9es aux droits exclusifs conf\u00e9r\u00e9s par un brevet, \u00e0 condition que ces exceptions n&#039;entrent pas en conflit de mani\u00e8re d\u00e9raisonnable avec une exploitation normale du brevet et ne portent pas un pr\u00e9judice d\u00e9raisonnable aux int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes du titulaire du brevet, compte tenu des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes de des tiers. \u00bb<\/p>\n<p>L&#039;article 31, quant \u00e0 lui, traite d&#039;autres utilisations sans autorisation du titulaire du droit et se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>&quot;Lorsque la l\u00e9gislation d&#039;un Membre autorise une autre utilisation de l&#039;objet d&#039;un brevet sans l&#039;autorisation du d\u00e9tenteur du droit, y compris une utilisation par le gouvernement ou des tiers autoris\u00e9s par le gouvernement, les dispositions suivantes seront respect\u00e9es\u00a0:&quot;<\/p>\n<p>12 dispositions sont pr\u00e9vues sous cet article.<\/p>\n<p>(B) La D\u00e9claration de Doha pr\u00e9voit des licences obligatoires et l\u2019importation parall\u00e8le de m\u00e9dicaments pharmaceutiques pour r\u00e9pondre aux urgences sanitaires nationales. Cela comprend l&#039;octroi de licences obligatoires pour les produits pharmaceutiques en cas de crises de sant\u00e9 publique, notamment celles li\u00e9es au VIH\/SIDA, \u00e0 la tuberculose, au paludisme et \u00e0 d&#039;autres \u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n<p>(C) L&#039;Accord sur les ADPIC comprend plusieurs mesures d&#039;att\u00e9nuation autoris\u00e9es en vertu dudit accord.<\/p>\n<p>\nAucune de ces mesures n&#039;a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans le projet de loi sur la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Les dispositions de l&#039;Accord sur les ADPIC pr\u00e9cisent clairement qu&#039;il contient des dispositions d&#039;att\u00e9nuation, car l&#039;Accord serait applicable aussi bien aux pays d\u00e9velopp\u00e9s qu&#039;aux pays moins d\u00e9velopp\u00e9s. En fait, l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) a reconnu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des nations en ce qui concerne l\u2019accord sur les ADPIC en prescrivant un calendrier \u00e9chelonn\u00e9 pour la mise en \u0153uvre de l\u2019accord entre pays de niveaux \u00e9conomiques diff\u00e9rents.<br \/>\nIl est donc admis que les dispositions de l\u2019Accord sur les ADPIC seraient applicables aussi bien aux pays d\u00e9velopp\u00e9s qu\u2019aux pays en d\u00e9veloppement, qui ne peuvent \u00eatre trait\u00e9s sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. L\u2019article 12(1) de la Constitution du Sri Lanka garantit non seulement l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi, mais pr\u00e9voit \u00e9galement l\u2019\u00e9gale protection de la loi. Il est de droit bien \u00e9tabli que, tout comme les \u00e9gaux ne doivent pas \u00eatre plac\u00e9s de mani\u00e8re in\u00e9gale, les in\u00e9gaux ne doivent pas non plus \u00eatre trait\u00e9s comme des \u00e9gaux.<\/p>\n<p>L&#039;\u00e9galit\u00e9 de protection signifie le droit \u00e0 un traitement \u00e9gal lorsque des circonstances similaires pr\u00e9valent, ne permettant aucune discrimination entre deux personnes se trouvant dans des circonstances similaires. De m\u00eame, une protection \u00e9gale aux termes de l\u2019article 12, paragraphe 1, garantit une protection non seulement contre l\u2019ex\u00e9cutif, mais aussi contre le l\u00e9gislatif. Cet article est conforme \u00e0 l\u2019article 7 de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme (1948), qui stipule que \u00ab Tous sont \u00e9gaux devant la loi et ont droit, sans aucune discrimination, \u00e0 une \u00e9gale protection de la loi \u00bb.<\/p>\n<p>L&#039;article 12(1) de notre Constitution est similaire dans son contenu et ses effets au 14e amendement de la Constitution des \u00c9tats-Unis d&#039;Am\u00e9rique et \u00e0 l&#039;article 14 de la Constitution de l&#039;Inde. Comme l&#039;a d\u00e9cid\u00e9 une s\u00e9rie d&#039;affaires en Inde, la garantie d&#039;une protection \u00e9gale des lois est une injonction \u00e9mise par les l\u00e9gislateurs contre la promulgation de lois discriminatoires. M\u00eame si le l\u00e9gislateur dispose d\u2019un large choix quant \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des sujets de ses lois, il ne devrait pas traiter les in\u00e9gaux comme des \u00e9gaux et les \u00e9gaux comme des in\u00e9gaux.<\/p>\n<p>Pour les raisons susmentionn\u00e9es, nous d\u00e9terminons que les articles 83 et 84 du projet de loi sont incompatibles avec l&#039;article 12(1) de la Constitution. Le projet de loi, sous sa forme actuelle, doit donc \u00eatre adopt\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 sp\u00e9ciale requise en vertu des dispositions du paragraphe 2 de l&#039;article 84 de la Constitution.<\/p>\n<p>\nArticles 90, 91, 92, 93 et 94<\/p>\n<p>Les articles 90 \u00e0 97 se trouvent au chapitre XVII et traitent des contrats de licence. L&#039;article 90, qui est la clause interpr\u00e9tative, d\u00e9finit le contrat de licence et est r\u00e9dig\u00e9 dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Aux fins du pr\u00e9sent contrat de licence partielle, on entend tout contrat par lequel le titulaire d&#039;un brevet (ci-apr\u00e8s d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab le donneur de licence \u00bb) accorde \u00e0 une autre personne ou entreprise (ci-apr\u00e8s d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab le licenci\u00e9 \u00bb) une licence pour faire tout ou l\u2019un des actes vis\u00e9s au paragraphe (a) du paragraphe (1) et au paragraphe (3) de l\u2019article 84. \u00bb<\/p>\n<p>L&#039;article 84, comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, traite des droits du titulaire d&#039;un brevet. Il a \u00e9t\u00e9 soutenu au nom des p\u00e9titionnaires qu&#039;un brevet, qui est une concession l\u00e9gale d&#039;un droit \u00e0 un inventeur dont les autres sont exclus tant que la d\u00e9livrance est en cours, donnera \u00e0 l&#039;inventeur un monopole pour exploiter l&#039;invention \u00e0 l&#039;exclusion de tous. autres. Cela r\u00e9duirait toute possibilit\u00e9 d&#039;utilisation du produit brevet\u00e9 par tout autre utilisateur. Cela constituerait en fait un frein et un obstacle au d\u00e9veloppement de l&#039;industrie pharmaceutique locale, ce qui constituerait \u00e0 son tour une in\u00e9galit\u00e9 de traitement et une violation de l&#039;\u00e9galit\u00e9 de protection pour les personnes engag\u00e9es dans cette industrie.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9terminons donc que les articles 90, 91, 92, 93 et 94 sont incompatibles avec l&#039;article 12(1) de la Constitution.<\/p>\n<p>\nArticle 87<\/p>\n<p>Les p\u00e9titionnaires soutiennent que l&#039;article 87 du projet de loi est incompatible avec les articles 12(1) et 14(1)(g) de la Constitution pour les raisons suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>L&#039;article 87 traite des droits d\u00e9coulant d&#039;une fabrication ou d&#039;une utilisation ant\u00e9rieure et se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Lorsqu&#039;une personne, \u00e0 la date de d\u00e9p\u00f4t ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 la date de priorit\u00e9, de la demande de brevet :<\/p>\n<p>a) fabriquait de bonne foi le produit ou utilisait le proc\u00e9d\u00e9 au Sri Lanka qui fait l&#039;objet de l&#039;invention revendiqu\u00e9e dans cette demande\u00a0;<\/p>\n<p>b) avait, de bonne foi, effectu\u00e9 des pr\u00e9paratifs s\u00e9rieux au Sri Lanka en vue de la fabrication du produit ou de l&#039;utilisation du proc\u00e9d\u00e9 vis\u00e9 au paragraphe (a);<\/p>\n<p>il a le droit, malgr\u00e9 la d\u00e9livrance du brevet, d&#039;exploiter l&#039;invention brevet\u00e9e :<\/p>\n<p>\u00c0 condition que le produit en question soit fabriqu\u00e9 ou que le proc\u00e9d\u00e9 en question soit utilis\u00e9 par ladite personne au Sri Lanka\u00a0:<\/p>\n<p>\u00c0 condition en outre que si l\u2019invention a \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9e dans les circonstances vis\u00e9es aux alin\u00e9as (a) ou (b) du paragraphe (3) de l\u2019article 64, il peut prouver que sa connaissance de l\u2019invention ne r\u00e9sulte pas d\u2019une telle divulgation.<\/p>\n<p>L\u2019article 64 traite de la \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9\u00a0\u00bb et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9tat de la technique \u00bb, qui est d\u00e9fini \u00e0 l\u2019article 64(2) dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019\u00e9tat de la technique doit consister en :<\/p>\n<p>a) tout ce qui est divulgu\u00e9 au public, partout dans le monde, par publication \u00e9crite, divulgation orale, utilisation ou de toute autre mani\u00e8re avant le d\u00e9p\u00f4t ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, la date de priorit\u00e9 de la demande de brevet revendiquant l&#039;invention.<\/p>\n<p>Cependant, aux termes de l&#039;article 87(1), lu conjointement avec l&#039;article 64, un Sri Lankais qui avait d\u00e9j\u00e0 fabriqu\u00e9 un produit ou utilis\u00e9 un proc\u00e9d\u00e9 pour lequel une autre partie avait demand\u00e9 le brevet, ne peut se retrouver qu&#039;avec le droit d&#039;exploiter l\u2019invention ou le proc\u00e9d\u00e9 brevet\u00e9. Si l&#039;objectif de l&#039;inclusion de l&#039;article 87 \u00e9tait de prot\u00e9ger le Sri Lankais qui fabrique d\u00e9j\u00e0 un produit ou utilise le proc\u00e9d\u00e9, alors qu&#039;une autre partie a demand\u00e9 un brevet, alors le Sri Lankais devrait y avoir droit et la demande faite par le l&#039;autre partie pour le brevet devrait \u00eatre refus\u00e9e au motif que l&#039;invention a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9e par l&#039;\u00e9tat de la technique.<\/p>\n<p>L\u2019article 87 n\u2019accorde donc pas le m\u00eame droit ni la m\u00eame protection \u00e0 un inventeur qui a d\u00e9j\u00e0 fabriqu\u00e9 un produit ou utilise un proc\u00e9d\u00e9 et est donc incompatible avec l\u2019article 12(1) de la Constitution.<\/p>\n<p>\nArticle 62<\/p>\n<p>L&#039;article 62 traite des d\u00e9finitions et l&#039;article 62(3)(b) fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9l\u00e9ments, bien qu&#039;il s&#039;agisse d&#039;inventions, qui ne sont pas brevetables au sens du paragraphe (1) de l&#039;article 62. Ce sont\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (b) les plantes et les animaux autres que les micro-organismes et un proc\u00e9d\u00e9 essentiellement biologique pour la production de plantes et d&#039;animaux autres que des proc\u00e9d\u00e9s non biologiques et microbiologiques \u00bb (c&#039;est nous qui soulignons).<\/p>\n<p>Il est clair que cette clause a exclu les micro-organismes en les excluant des organismes vivants, permettant ainsi leur brevetage.<\/p>\n<p>Les p\u00e9titionnaires ont soutenu qu&#039;aux termes de l&#039;Accord sur les ADPIC, m\u00eame s&#039;il est n\u00e9cessaire pour un pays d&#039;accorder des brevets aux micro-organismes, aucune d\u00e9finition n&#039;est donn\u00e9e \u00e0 ce terme. Cela a cr\u00e9\u00e9 une situation dans laquelle il est possible d&#039;avoir une large port\u00e9e de protection par brevet, ce qui pourrait \u00e0 son tour \u00eatre pr\u00e9judiciable aux int\u00e9r\u00eats du pays. Des exemples ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s de la culture pure du micro-organisme sreptisporangium fragile, capable de produire le complexe antibiotique contenant de la Frajilomycine A, d\u00e9couvert dans une rizi\u00e8re du village d&#039;Ana\u00efkota, situ\u00e9 \u00e0 environ 8 km de Jaffna, dans la province du Nord de Sri Lanka. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des micro-organismes appel\u00e9s \u00ab pathog\u00e8nes \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 que l&#039;absence de d\u00e9finition du terme \u00ab micro-organisme \u00bb permet de breveter une variante d&#039;un agent pathog\u00e8ne. Cela ouvrira la voie au titulaire d&#039;un brevet pour mener des recherches dans le but de diagnostiquer et de trouver des rem\u00e8des, ce qui aura pour effet d&#039;augmenter les prix du diagnostic et des rem\u00e8des. Par cons\u00e9quent, les p\u00e9titionnaires ont soutenu que la non-inclusion de la d\u00e9finition n\u00e9cessaire du micro-organisme est incompatible avec l&#039;article 12, paragraphe 1, de la Constitution, qui garantit des droits \u00e9gaux et une protection \u00e9gale aux personnes, ce avec quoi nous sommes d&#039;accord.<\/p>\n<p>Il est toutefois sugg\u00e9r\u00e9 que si les mots \u00ab et micro-organismes autres que les micro-organismes transg\u00e9niques \u00bb \u00e9taient ajout\u00e9s apr\u00e8s le mot animaux dans la clause 62(3)(b), modifiant ainsi ladite clause, cela cesserait d&#039;\u00eatre incompatible avec l&#039;article 62(3)(b). 12(1) de la Constitution.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, le paragraphe suivant devra \u00e9galement \u00eatre ajout\u00e9 \u00e0 l&#039;article 213 du projet de loi \u00e0 titre de clause d&#039;interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Transg\u00e9nique\u00a0\u00bb d\u00e9signe un organisme qui exprime une caract\u00e9ristique, que l&#039;esp\u00e8ce ne peut normalement pas atteindre dans des circonstances naturelles, mais qui a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e au moyen d&#039;une intervention humaine directe dans cette composition g\u00e9n\u00e9tique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le savant solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire n&#039;a pas c\u00e9d\u00e9 aux amendements sugg\u00e9r\u00e9s au pr\u00e9sent projet de loi afin qu&#039;il soit conforme aux dispositions de la Constitution. Il n&#039;est pas non plus d&#039;accord pour envisager l&#039;inclusion de clauses propos\u00e9es qui figuraient dans un projet pr\u00e9c\u00e9dent et qui ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es du pr\u00e9sent projet de loi.<\/p>\n<p>L&#039;affirmation du solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire \u00e9tait fond\u00e9e sur l&#039;objet d&#039;un brevet et sur la mani\u00e8re dont il pouvait \u00eatre revendiqu\u00e9 par une autre personne. Il a estim\u00e9 qu&#039;un brevet est la propri\u00e9t\u00e9 de droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, qui seraient n\u00e9cessaires pour exercer de mani\u00e8re significative ses droits fondamentaux, notamment ceux garantis par l&#039;article 14, paragraphe 1, point g). Cette disposition, a-t-il soutenu, est restreinte aux termes de l\u2019article 15(7) de la Constitution dans l\u2019int\u00e9r\u00eat, entre autres, de \u00ab garantir la reconnaissance et le respect des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Selon le savant solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire, aux termes de l&#039;article 15(5) de la Constitution, les droits fondamentaux peuvent \u00eatre restreints dans l&#039;int\u00e9r\u00eat de l&#039;\u00e9conomie nationale ou pour r\u00e9pondre aux justes exigences du bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral d&#039;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. C&#039;est sur cette base que le l\u00e9gislateur s&#039;efforcerait de parvenir \u00e0 un \u00e9quilibre entre les droits de l&#039;individu et ceux de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Il ne fait aucun doute que les dispositions de l\u2019article 14(1)(g) sont limit\u00e9es aux termes de l\u2019article 15(5) de la Constitution. Toutefois, cela ne signifie pas qu&#039;une telle disposition pourrait outrepasser la garantie et la protection accord\u00e9es aux personnes en vertu de l&#039;article 12, paragraphe 1, de la Constitution. Comme indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, les dispositions de l&#039;article 12(1) garantissent l&#039;\u00e9galit\u00e9 des droits ainsi qu&#039;une \u00e9gale protection, et les dispositions de l&#039;Accord sur les ADPIC ne peuvent pas \u00eatre applicables de la m\u00eame mani\u00e8re aux pays d\u00e9velopp\u00e9s et aux pays en d\u00e9veloppement sans qu&#039;une attention particuli\u00e8re soit accord\u00e9e \u00e0 ces droits, avec une r\u00e9f\u00e9rence particuli\u00e8re aux mesures d&#039;att\u00e9nuation. dispositions de l\u2019accord.<\/p>\n<p>Les producteurs de produits et de proc\u00e9d\u00e9s brevet\u00e9s et leurs agents dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s et les consommateurs de ces produits dans les pays en d\u00e9veloppement comme le Sri Lanka ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des parties se trouvant dans une situation similaire. Il existe de nombreuses raisons de les traiter diff\u00e9remment puisqu\u2019ils ne peuvent pas \u00eatre mis sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. Pour qu&#039;ils soient trait\u00e9s sur un pied d&#039;\u00e9galit\u00e9, cette d\u00e9cision doit \u00eatre justifi\u00e9e par des crit\u00e8res pertinents.<\/p>\n<p>Le savant procureur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire n&#039;a pas d\u00e9montr\u00e9 une telle justification par une diff\u00e9renciation pertinente entre les parties susmentionn\u00e9es. Il n&#039;a pas non plus donn\u00e9 d&#039;indication sur les raisons pour lesquelles les dispositions d&#039;att\u00e9nuation sugg\u00e9r\u00e9es par l&#039;Accord sur les ADPIC ne pourraient pas \u00eatre prises en compte lors de l&#039;adoption du projet de loi. Dans de telles circonstances, nous ne sommes pas en mesure d&#039;\u00eatre d&#039;accord avec les arguments du savant solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire alors qu&#039;il est visiblement clair que les articles susmentionn\u00e9s du projet de loi sont incompatibles avec l&#039;article 12 (1) de la Constitution.<\/p>\n<p>Pour les raisons susmentionn\u00e9es, nous d\u00e9terminons que les clauses 62, 83, 84, 87, 90, 91, 92, 93 et 94 sont incompatibles avec l&#039;article 12(1) de la Constitution. Nous d\u00e9clarons donc que le projet de loi sous sa forme actuelle doit \u00eatre adopt\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 sp\u00e9ciale requise par les dispositions du paragraphe 2 de l&#039;article 84 de la Constitution.<\/p>\n<p>Nous ferons \u00e9tat de notre appr\u00e9ciation de l&#039;aide apport\u00e9e par le savant solliciteur g\u00e9n\u00e9ral suppl\u00e9mentaire et tous les autres \u00e9minents avocats qui ont pr\u00e9sent\u00e9 des arguments dans cette affaire.<\/p>\n<p>\nSarath N. Silva,<br \/>\nJuge en chef.<\/p>\n<p>Shirani A. Bandaranayake,<br \/>\nJuge \u00e0 la Cour Supr\u00eame.<\/p>\n<p>JAN de Silva,<br \/>\nJuge \u00e0 la Cour Supr\u00eame.<\/p>\n<p>\n&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IN THE SUPREME COURT OF THE DEMOCRATIC SOCIALIST REPUBLIC OF SRI LANKA A Bill bearing the title \u201cIntellectual Property\u201d In the matter of petitions under Article 121(1) of the Constitution. Present: Sarath N. Silva &#8211; Chief Justice Shirani A. 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